Tant de talent est gâché par un monde qui confine nos capacités à des objectifs qui n’améliorent pas le monde — et qui parfois l’empirent pour d’autres, ou pour nous tous lorsque ces objectifs menacent notre avenir commun.
Tant d’intelligence est épuisée par un monde qui récompense les stratégies des uns contre les autres plutôt que la résolution de problèmes les uns avec les autres — pour la seule raison qu’« ils » ou qu’« elles » ne font pas partie de notre communauté, de notre pays, ou de nos croyances.
Tant d’espoir, d’élan et de passion sont étranglés — souvent jusqu’à leur extinction — par un monde qui confond renoncement et réalisme.
Si l’une — ou toutes — de ces pensées vous a déjà traversé l’esprit, il faut qu’on parle.
Nous croyons qu’il existe un monde où nous pouvons réécrire l’ensemble de nos fondations sociales — remettant en question notre rapport à tout, à toutes, à tous, et la manière dont chaque génération transmet son héritage à la suivante.
Un monde qui s’est délesté du besoin — si inhumain — de rendre la plupart des relations transactionnelles, pour plutôt les garder — tout simplement — humaines.
Un monde qui a compris que la transmission du savoir d’une génération à l’autre ne peut s’équilibrer que par une mesure équivalente de sagesse héritée.
Nous croyons aussi qu’un tel monde n’aurait pas à renoncer au progrès technologique, même si ce progrès inclut une part de mégalomanie intrinsèquement humaine — tant que celle-ci est sagement bornée. Il exigerait encore moins de coercition individuelle — au-delà de quelques règles sociales et environnementales partagées pour nous maintenir en équilibre — les uns avec les autres, et avec notre planète. En fait, ce monde offrirait probablement une liberté individuelle et des choix de vie bien plus larges que jamais une société n’a pu permettre.
Ce dont nous rêvons appartient à quelque chose de bien plus profond, plus illimité, et plus universel que n’importe quel parti politique ou grande théorie économique. C’est la réalisation que nous, en tant qu’espèce humaine, devons évoluer vers un changement fondamental dans notre relation aux autres, à notre planète et à notre univers, si nous ne voulons pas risquer d’effacer notre propre existence — et celles de bien d’autres — au cours des prochains siècles.
L’humanité est un enfant de six ans, le doigt posé sur un détonateur.
Nous brillons par notre capacité à inventer et à construire des choses puissantes, à un rythme toujours plus effréné, mais nous ne prenons jamais le temps de nous assurer qu’elles seront universellement utiles et accessibles, d’évaluer et de prévenir leurs méfaits potentiels, et de construire les garde-fous qui limitent le prix que notre monde devra inévitablement payer pour leur existence.
Pire ! Nous nous en félicitons. Tel un génie sociopathe acclamé par une foule en délire, nous progressons à tout prix, ignorant les décombres que nous laissons derrière nous.
Nos prouesses technologiques nous rendent toujours plus puissants — et toujours plus dangereux — pour nous-mêmes et pour toute vie sur Terre. Mais au lieu d’y veiller, nous osons redoubler ce péril en concentrant toujours plus de pouvoir entre les mains de quelques humains très faillibles, comme nous le sommes tous.
Nous excellons à hériter de savoir, mais nous échouons à hériter de sagesse — nous condamnant à répéter les mêmes erreurs, encore et encore.
Notre espèce est piégée par le pendule incessant des progrès et régressions, plutôt que libérée par des évolutions métamorphosantes. Parce que nous vivons dans des sociétés qui ne priorisent jamais inconditionnellement la promotion de nos humanités, la valorisation de la patience, ou la récompense de l’entraide, par-dessus tout le reste — et encore moins sans que ces qualités ne coûtent à quelqu’un, ou à quelque chose, d’autre.
Être humain est — par définition — ce que nous sommes censés faire de mieux. Être de mieux, même. Comment avons-nous fini par en faire la qualité la moins valorisée ? Pourquoi les êtres les plus humbles, altruistes et singuliers sont-ils, sont-elles, si souvent les membres les plus ignorés, sous-évalués et inaudibles de nos sociétés ?
La réponse se musse dans le fait que nous soyons fondamentalement éduqués pour rendre presque toutes nos relations — avec tout ce qui est humain et tout ce qui ne l’est pas — transactionnelles.
Imaginez un monde où nous ne « travaillons » pas. Nous aidons !
Pourquoi ne voudrions-vous pas travailler par seul désir d’accomplissement, parce que cela aide notre société — et parce que cette même société prend soin de chacun et respecte ce que chacun apporte — sans autre hiérarchie que la mesure de ce que chacun apporte ?
Et pour les nombreuses activités où la passion a du sens, pourquoi ne voudrions-nous pas travailler par passion — simplement parce qu’elle se suffit à elle-même ?
Imaginez un monde où nous ne « produisons » pas. Nous pourvoyons !
Avez-vous déjà pensé au nombre de personnes, au nombre de vies, et à la quantité de ressource sociale gâchées pour produire des choses inutiles ? Non seulement cela n’apporte que peu à nos sociétés, mais cela les empire par l’exploitation humaine et environnementale.
Envisagez, une seconde, ce que l’humanité pourrait accomplir si, au lieu de laisser plus de la moitié des huit milliards d’habitants de cette planète gâcher leur potentiel à produire des gadgets inutiles, nous utilisions ne serait-ce qu’une partie de cette énergie pour améliorer nos sociétés, prendre soin les uns des autres, améliorer l’environnement et faire avancer la science, le savoir et les technologies utiles.
Nous aurions déjà posé le pied sur Mars il y a des années, tout en vivant dans des sociétés plus heureuses sur une planète plus saine.
Imaginez un monde où nous n’« étudions » pas. Nous grandissons !
Donaldson — et plus tard Gandhi — parlait de la connaissance sans caractère, et de la science sans humanité, comme de « péchés ». Au-delà de cette perception très religieuse, nous croyons que la connaissance sans sagesse est ce qui fait la différence entre la radiothérapie et Hiroshima, entre les vaccins à ARNm et les bébés CRISPR, entre Wikipédia et Cambridge Analytica.
L’éducation ne devrait jamais être utilitariste. Elle devrait enseigner autant de sagesse — éthique, sociologique, psychologique, historique — qu’elle enseigne de théorie.
C’est là qu’enfin nous grandissons, et que nous héritons de bien plus qu’un simple savoir d’une génération à l’autre.
Imaginez un monde où nous ne « dirigeons » pas. Nous réfléchissons !
La France a connu un épisode politique unique en 2019 lorsque son gouvernement a lancé la Convention citoyenne pour le climat — une assemblée de 150 personnes tirées au sort, chargées de consulter, penser, débattre et finalement proposer 50 mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France — le tout en six mois.
Beaucoup étaient convaincus que ce serait un échec. Eh bien, ce ne fut pas le cas. Selon les sondages de l’époque, toutes les propositions — à l’exception d’une seule — étaient majoritairement approuvées par la population.
Nos sociétés restent piégées dans un état d’esprit où nous supposons — à tort — que seuls quelques-uns d’entre nous sont capables de diriger, et que les meneurs individuels sont le moyen le plus efficace de progresser — en politique, dans les institutions, et même dans les entreprises.
Nous sommes pourtant bien mieux gouvernés lorsque nous réfléchissons collectivement à la manière dont nos sociétés devraient évoluer que lorsque nous attendons passivement d’être dirigés par d’autres.
Imaginez un monde où nous ne « brevetons » pas. Nous ouvrons !
Quel modèle pensez-vous être le plus efficace pour progresser dans n’importe quel domaine de connaissance théorique ou pratique ?
Un modèle où les acteurs construisent des entreprises cloisonnées, cachent leurs découvertes et les brevètent pour empêcher les autres de les reprendre pour les améliorer — ou un modèle où chacun est libre de partager, de cloner et d’itérer sur les idées des autres ?
Internet lui-même a été bâti sur l’ouverture. Tout comme la plupart des logiciels qui font tourner notre monde. Nous savons déjà parfaitement lequel de ces deux modèles gagne — haut la main. Nous refusons simplement de généraliser la leçon.
Imaginez un monde où nous ne « transactionnons » pas. Nous actionnons !
Auriez-vous besoin de transactions dans un tel monde ? Auriez-vous besoin d’argent, d’accumulation de propriété, ou de surconsommation ?
Les transactions sont une perte de temps et d’énergie, et elles sont un piètre moyen de qualifier les contributions. Elles réduisent nos vies à des chiffres absurdes, ou à des comparaisons insensées. Et elles ne font qu’ajouter des frictions et des conflits inutiles.
Sur un plan humain, ce qui compte, c’est ce qui est accompli — et ce que la société gagne en termes de « positif net universel ». Positif au sens d’un tissage entre bien-être individuel, cohésion sociale, savoir partagé, progrès physiques, et équilibre environnemental. Et net universel car le positif ne saurait être positif aux dépens de quelqu’un d’autre ou de quelque chose d’autre.
Tant que nous aurons besoin d’argent pour valoriser et motiver les contributions individuelles à notre monde,
Tant que nous considérerons un chirurgien plus méritant qu’un égoutier,
Tant que nous aurons des conversations plutôt que des discussions,
Tant que nous aurons besoin de concentrer les pouvoirs pour diriger nos sociétés,
Tant que nous croirons que la compétition destructrice est le meilleur moyen de maximiser l’innovation,
Tant que nous ferons payer à quelqu’un — ou à quelque chose — le prix de notre progrès,
L’humanité restera un enfant immature, incapable de grandir au-delà de ses propres limitations égocentriques.
C’est pourquoi nous appelons quiconque résonne avec ces mots — et quiconque est prêt à rêver et à expérimenter ce que pourrait être une nouvelle humanité — à nous rejoindre.
Que nous soyons dix ou des milliers n’a que peu d’importance. Nous ne sommes pas là pour combattre la société actuelle. Nous sommes là pour construire la prochaine. Nous sommes là pour ouvrir les portes à une génération future. Peu importe quand elle émergera. Une génération qui aura réalisé à quel point les changements doivent être fondamentaux si nous voulons nous libérer du cycle infernal de notre Histoire.
En tant qu’Européens, nous avons traversé tout ce que l’humanité a fait — de meilleur comme de pire. Nous portons l’histoire politique la plus riche sur Terre, par le simple nombre et la diversité des régimes que l’Europe a connus. C’est pourquoi nous croyons que l’Union européenne est peut-être le meilleur endroit sur Terre pour — une fois de plus — ouvrir une nouvelle ère, sur les épaules de milliers d’années d’expérience.
Une ère d’Holomutualisme — une forme d’organisation sociale où les relations sont d’abord bâties sur l’entraide, où l’équilibre entre le monde du vivant et du non-vivant est prioritaire, où la liberté s’exprime par la décentralisation, et où le but est que l’humanité prospère — dans le bonheur, la sagesse et le savoir — sur Terre et au-delà.
Pour cela, nous sommes prêts à tout repenser et à tout remettre en question — en particulier ce que nous ne questionnons jamais.
Et cela commence par une simple discussion.
Vous n’avez pas besoin d’être sociologue, économiste, ou de détenir une vaste culture politique. L’humain en vous suffit. Nous sommes ici pour discuter, pour chercher, pour débattre, pour proposer — et pour expérimenter de nouveaux mondes — sans autres exigences que le respect de l’autre, et la volonté d’aspirer à autre chose qu’à des relations transactionnelles.
Quant à la forme que cela prendra — et comment nous le ferons — nous le déciderons ensemble. Et chaque fois que nos désaccords seront si profonds que le consensus deviendra trop difficile à tenir, nous décentraliserons nos communautés et nos expériences un peu plus. Une belle manière de découvrir que — sans transactionnalité — les divisions peuvent renforcer beaucoup plus qu’elles n’affaiblissent !
Ivan Gabriele, Cofondateur de European Dream
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